Roger McGowen - Sa Jeunesse, son Procès Qui est Roger McGowen ?
Roger McGowen est un Afro-américain né en 1963 à Houston dans le Texas. Issu
d'un milieu très défavorisé et sa vie déjà marquée par des tragédies, Roger
était pourtant un jeune homme à l'avenir prometteur. Il travaillait comme
manager dans un petit restaurant qui marchait bien, il était père d'un petit
garçon, venait en aide à ses surs autant que possible, veillait sur son frère
aîné qui menait une vie difficile dans la toxicomanie et la criminalité quand,
tout d'un coup, sa vie bascula et devint un cauchemar sans fin. A l'âge de 22
ans, Roger fut arrêté, puis accusé d'un meurtre dont il était innocent et, à
peine un an plus tard, il fut condamné à mort, en 1987.
Comme c'est souvent le cas pour les Américains peu fortunés, Roger fut défendu
par un avocat commis d'office qui ne s'intéressa pas à son cas et son procès
fut une parodie de justice. Plus de deux décennies après sa condamnation,
Roger est toujours dans le couloir de la mort du Texas, en attente d'un appel.
Après des années sans visites ni lettres, Roger commença à entrer en contact
avec des correspondants européens. Peu à peu, la personnalité extraordinaire
de cet homme qui aurait eu toute raison de devenir aigri, désespéré et plein
de haine se révéla dans sa correspondance. De l'enfer qu'est le couloir de la
mort texan émergea un être unique dont la force d'esprit, la générosité et le
regard aimant sur tous ne peut que bouleverser ceux qui font sa connaissance.
Certaines de ses lettres furent assemblées dans un ouvrage qui est devenu une
source d'inspiration pour des milliers de lecteurs: Messages de vie du couloir
de la mort, par Roger McGowen, avec la collaboration de Pierre Pradervand,
éditions Jouvence, 2003
Roger Wayne McGowen est né au Texas le 23 décembre 1963 dans le quartier du
Fifth Ward de Houston, qui était alors l'un des pires ghettos de la ville. Il
était le septième de dix enfants. Ses parents divorcèrent quand il était
encore enfant. Il passa la plus grande partie de son enfance avec sa mère,
baptiste profondément croyante, et quelques années de son adolescence avec son
père James, un ingénieur en génie hydraulique. Le Third Ward où vivait alors
son père était moins dur et plus structuré que le Fifth Ward, et Roger garde
un souvenir lumineux de ces années-là. Les écoles y étaient un peu meilleures,
les rues un peu plus propres, les gens un peu plus ouverts. Sa belle-mère
Ernestine l'encouragea dans son travail scolaire et Roger développa une
profonde affection pour son demi-frère Terry. En 1982, alors que Roger allait
avoir 18 ans, son père, âgé de 42 ans, fut tué par un cambrioleur.
Roger entretint toujours une relation étroite avec sa mère qui lui communiqua
sa foi très vivante. Dans un court document autobiographique de dix pages, il
décrit sa mère d'une manière qui montre l'influence profonde qu'elle eut sur
lui:
«Ma mère était une femme qui croyait profondément en Dieu et voyait le bien
en chacun. Elle nous enseigna la valeur de la vie et aussi la tristesse et la
douleur qui résultent de la souffrance. _Elle était la personne la plus
forte que j'aie connue et elle la resta jusqu'au moment où Dieu la rappela à
Lui. J'ai retenu jusqu'à ce jour beaucoup des leçons qu'elle m'a enseignées.
Mais à l'époque où elle tentait de partager sa sagesse avec moi, je n'en
voyais pas l'utilité. J'étais jeune et pensais tout savoir, pour me rendre
compte seulement plus tard que, quand je croyais avoir compris, j'avais en
fait compris de travers. Nous considérons si souvent comme déjà nôtre la
sagesse de nos aînés, ne réalisant pas que nous n'avons même pas commencé à
faire ne serait-ce que la moitié des expériences qu'ils ont vécues,
expériences qui, comme on dit, nous construiront ou nous briseront. Ma mère me
disait: 'Roger, la sagesse ne vient pas avec l'âge, mais avec l'expérience.
Elle résulte des rencontres innombrables avec ce que la vie nous montre, nous
donne ou nous prend. Ce nest que bien des années plus tard que je me mis à
comprendre de quoi elle parlait. Et même aujourd'hui, je fais appel à sa
sagesse, alors qu'elle repose dans la tombe, pour me soutenir et me guider à
travers les périls d'un monde souvent froid»._
La vie ou plutôt la survie dans le ghetto était dure. Quand il eut à peu
près dix ans, Roger commença à travailler en dehors de l'école avec son oncle
Jimmy qui avait un poids lourd à 18 roues. Plus tard, il commença une
formation, mais dut l'abandonner pour aider sa mère après la mort de sa
grand-mère. Puis il trouva un travail dans un restaurant. «A lâge de
neuf/dix ans», dit-il, «j'achetais des habits pour ma sur Rhonda».
Charles, son frère aîné, était selon ses propres termes son idole. Il est
important de comprendre leur relation quasi symbiotique pour saisir ce qui se
passa plus tard, lorsque Roger fut accusé de meurtre. «Mon frère aîné était
connu loin à la ronde comme quelqu'un à qui il valait mieux ne pas avoir
affaire et, étant son petit frère, j'avais le privilège qu'on me laisse
tranquille à moins qu'on ne veuille avoir affaire à Charles. Ciel! Comme il
pouvait se battre! Je l'ai vu un jour se battre avec un type qui avait tabassé
un de ses amis. En fait, ce ne fut pas vraiment un combat. Il cogna sur le
type et le type tomba raide. Mais, dans d'autres combats, je le voyais
esquiver les coups, se déplacer rapidement et envoyer des directs. Je me
disais qu'il pourrait battre Mohammed Ali qui était alors champion du monde
des poids lourds».
«Lui et moi étions très proches. J'essayais parfois de le suivre, lui et ses
amis. S'il me voyait, il me raccompagnait vite à la maison, mais quelquefois,
à leur insu, je les suivais à distance. J'essayais de marcher comme lui, de
parler comme lui et, pratiquement, de devenir lui. Il était mon idole.
Il était super! Il me parlait de lui, me racontait des choses sur lui et sur
ses amis et me faisait jurer le secret. Je pensais que j'étais détenteur d'un
grand secret et j'étais prêt à le défendre au prix de ma vie si nécessaire.
Grâce à Dieu, on n'en vint jamais jusque là.»
Charles eut très tôt des démêlés avec la police. A un moment donné, il fut
même accusé de meurtre, mais comme il était encore adolescent, il fut envoyé
dans un centre pour jeunes délinquants.
Peu avant de mourir, leur mère fut transportée à l'hôpital où elle resta un
certain nombre de jours dans le coma. Dans une lettre datée du 6 mars 2005,
Roger a donné les détails suivants sur l'expérience qui devait jouer dans sa
vie un rôle si crucial. Il rendit visite à sa mère : «Elle sortit du coma.
Son discours était très incohérent. Elle commençait à parler d'une chose puis
[en plein milieu de la phrase],elle parlait d'autre chose. Elle s'en rendit
compte et se mit à sourire. Elle me dit: Roger, je ne veux pas mourir, mais
j'ai le sentiment qu'il n'y a rien entre Dieu et moi. Je suis jeune, j'ai
beaucoup de raisons de vivre, mais je suis en paix. Si je ne m'en sors pas,
prends soin de ton frère. _ Tu es fort et l'as toujours été et tu as eu de
la chance. Ton frère n'en a pas eu. Il ne peut pas retourner en prison. Tu es
la colonne vertébrale de la famille. Prends soin deux. Une des infirmières
entra alors dans la chambre, me vit parler avec ma mère et comprit qu'elle
était sortie du coma. Elle me fit alors sortir précipitamment de la chambre et
ce fut la dernière conversation que j'eus avec ma mère»_.
Au printemps 1986, à l'époque du crime dont il fut accusé, Roger avait 22 ans
et il avait un emploi à plein temps. Il veillait sur ses surs qui vivaient de
l'autre côté de la ville. Il leur rendait visite régulièrement pour voir
comment elles allaient, leur apporter de la nourriture et s'assurer que leurs
factures étaient payées. Un membre de sa famille élargie qui avait une clé de
sa voiture l'emprunta un jour (Roger était le seul des enfants de sa mère à en
avoir une et il la prêtait volontiers). Cet homme était accompagné de Charles
et ils allèrent dans un bar perpétrer un vol à main armée au cours duquel la
propriétaire du bar fut tuée. Des témoins relevèrent le numéro de plaque de la
voiture. Peu après, la police arrêta Roger chez lui et l'accusa du meurtre.
Voulant protéger son frère qu'il croyait alors être l'auteur du crime, Roger
décida dans un premier temps d'en assumer la responsabilité. Selon lui, rien
ne le liait à ce crime et il était convaincu que son innocence serait
reconnue, surtout parce qu'il avait un alibi. D'autre part, à cause du décès
de sa mère, il était très déprimé et ne se souciait guère de ce qui pourrait
lui arriver. Il sentait tout le poids du monde sur ses épaules. Par ce
sacrifice, il espérait faire voir à Charles combien il l'aimait, l'amener à
rompre avec la délinquance et la toxicomanie, et à changer de vie.
Malheureusement, Charles fut abattu par la police lors d'une tentative de vol
juste deux mois avant la condamnation à mort de Roger. Ce fut probablement une
des expériences les plus cruelles de la vie de Roger: l'homme pour qui il
s'était laissé accuser -- et pour qui il allait être condamné à mort -- avait
été tué. A ce moment-là, son sacrifice lui parut tout-à-fait vide de sens.
Le procès
Le procès de Roger fut marqué par de graves erreurs juridiques et
constitutionnelles. Comme c'est souvent le cas pour les Noirs américains
pauvres, il eut un avocat commis d'office qui ne sintéressa pas à son cas ;
il ne lui rendit visite quune seule fois très brièvement avant le procès, et
il prépara sa plaidoirie en se basant uniquement sur le rapport de police.
Alcoolique notoire, il sendormit à plusieurs reprises durant le procès.
Suivant une pratique qui ne semble pas inhabituelle aux Etats-Unis, le
procureur contacta un criminel qui était en prison à ce moment-là et que Roger
avait connu quand il était préadolescent (il avait au plus douze ans la
dernière fois qu'il l'avait vu) pour porter un faux témoignage contre lui. On
appelle une telle personne un mouchard et il existe un accord tacite selon
lequel,si le mouchard accepte de témoigner contre un accusé, il bénéficiera
d'une réduction de peine substantielle. Le prisonnier inventa à peu près 1500
vols à main armée qu'il avait soi-disant commis avec Roger en lespace de deux
ans et demi, période durant laquelle Roger avait un emploi à plein temps!
Roger écrivit: «[Le mouchard] déclara par exemple que lui et moi avions
dépouillé de son argent un homme âgé qui était agent de la sécurité dans un
supermarché. Le procureur contacta l'homme et le cita à comparaître comme
témoin à charge contre moi. [Le mouchard] dit que j'avais le couteau et que
jallais tuer cet homme. Mais, quand le vieux monsieur comparut, il déclara
que ce n'était pas moi! Il dit que c'était [le mouchard] et quelqu'un
d'autre».
L'avocat ne fit rien des éléments d'information qui lui furent communiqués et
quil aurait dû utiliser pour défendre et sauver son client. Ces manquements à
son devoir davocat constituent une violation sérieuse du 6ème Amendement à la
Constitution des Etats-Unis et de l'article 1, section 10 de la Constitution
de l'Etat du Texas.
Dautre part, lavocat négligea de protester contre de sérieux manquements
dans la conduite du jury. Ces manquements, à eux seuls, auraient justifié un
nouveau procès. En voici quelques exemples:
Dans leur salle de délibération, les jurés eurent accès à des articles
présentant un point de vue très partial sur le crime, articles dans lesquels
la police affirmait faussement que Roger avait commis environ cinquante vols à
main armée.
Un des membres du jury a confirmé sous serment qu'un des jurés, ancien
policier, avait introduit pendant les délibérations une information qui
n'avait pas été présentée devant la Cour, information qui influença la
décision du jury en faveur de la peine de mort.
L'ancien membre de la police fut partial durant tout le procès et
influença clairement les autres jurés en faveur de la peine de mort pour
Roger. Divers membres du jury n'étaient pas en faveur de la peine de mort,
mais à cause de la forte personnalité du policier qui se présenta comme étant
un expert, ils cédèrent. La loi du Texas stipule pourtant clairement que «la
présence d'un juré partial dans le jury détruit l'impartialité du jury et le
rend partial».
En violation de la Constitution des Etats-Unis et du code pénal, le juge
refusa d'informer le jury sur la différence entre un homicide volontaire et un
homicide volontaire avec préméditation.
Quoique le jury ait voté tout d'abord par onze voix contre une pour
l'emprisonnement à vie, et donc contre la peine de mort pour Roger, le juge
qui présidait présenta une information qui laissait entendre à tort que si
Roger devait être condamné à l'emprisonnement à vie, il n'accomplirait
finalement que le tiers de sa peine avant d'être relâché. Cette information
mensongère contribua aussi au revirement du jury en faveur de la peine de mort
pour Roger.
L'avocat de Roger (dont la défense ne fut quun simulacre) reçut plus tard
cinq blâmes du Barreau du Texas. L'Etat du Texas finit par lui interdire de
représenter qui que ce soit accusé d'un crime pouvant entraîner la peine de
mort, hélas! trop tard pour Roger...
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