Le Couloir de la Mort du Texas=============================================================
L'Unité Allan Polunsky à Livingston------------------------------------
L'unité où Roger est emprisonné héberge environ 3500 prisonniers, dont 370 à 450 sont dans le couloir de la mort (suivant l'année et le nombre d'exécutions). C'est un "bunker" immense et mal construit qui s'abîme si vite quun bon tiers des cellules sont inondées lors de grosses pluies. Les conditions de vie dans cet endroit si particulier sont aussi affligeantes et horrifiantes que ce quun endroit appelé "couloir de la mort" pourrait faire supposer. Il est cependant important de souligner le fait quau cours des années qui ont suivi le moment où nous avons commencé à correspondre avec Roger, soit en 1997, ces conditions se sont peu à peu détériorées à un point qui en devient pratiquement inconcevable et constitue indiscutablement une "peine cruelle et inhabituelle". Ainsi, la nourriture servie aux prisonniers est d'une qualité épouvantable et est à peine suffisante pour les maintenir en vie. Roger mentionne dans une lettre (été 2004) que leur ration alimentaire quotidienne est probablement d'environ 1600 calories, ce que l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) considère comme la quantité minimale permettant à un adulte de sexe masculin de survivre. Depuis lors, les choses n'ont fait qu'empirer. Au printemps 2000, tous les condamnés à mort du Texas furent transférés à lUnité Terrell de Livingston près de Houston, rebaptisée plus tard «Unité Allan Polunsky», et depuis, le régime de la prison se durcit continuellement de façon dramatique.
![L'Unité Allan Polunsky][15] [15]: images/Polunskysign.jpg (L'Unité Allan Polunsky)
Les prisonniers ne peuvent plus regarder la télévision. Ils ont le droit davoir une radio mais la réception dépend dune antenne par satellite qui est constamment déplacée, et elle est souvent si mauvaise dans nombre de cellules quils ne peuvent plus rien capter. En général, seules trois stations (de musique) peuvent être captées, diffusant alternativement de la musique mexicaine, du rock ou de la country, et du rap. Lors dune fouille en automne 2008, à peu prés les deux tiers des radios furent confisquées et les condamnés devront attendre au moins neuf mois avant de pouvoir en commander de nouvelles. Avant 2000 ils avaient le droit dutiliser une machine à écrire à traitement de texte s'ils pouvaient s'en offrir une, mais ils ne peuvent plus avoir maintenant que des machines à écrire primitives que Roger décrivait récemment comme "à peine mieux que le burin et la pierre" (la préhistoire).
Les rubans de machine à écrire sont vendus à un prix ridiculement élevé et sont d'une si piètre qualité qu'on ne peut écrire quune dizaine de pages par ruban. Quant au nombre de timbres qu'il est permis d'acheter, il diminue chaque année.
Les prisonniers pouvaient autrefois jouer au volley, au basket ou aux échecs durant leur heure de récréation quotidienne hors de leur cellule, mais depuis 2000 ils passent cette heure seuls, tout comme ils passent chaque heure de chaque journée. Ils ont été privés de presque toutes leurs affaires personnelles. Le règlement de la prison fait un délit du simple fait de mettre une photo de ses enfant sur le mur de la cellule. Les condamnés avaient la possibilité de s'adonner à des travaux créatifs, activité qui leur procurait un certain soulagement et un sentiment renouvelé de leur valeur, et qui était aussi pour beaucoup d'entre eux un moyen d'exprimer leurs sentiments de reconnaissance et d'amour à leur famille et à leurs amis. Tout cela a été interdit, à l'exception de quelques crayons de couleur ainsi que du papier et du carton pour ceux qui peuvent se les offrir.
Les détenus ne sont plus autorisés à faire quelque travail que ce soit qui pourrait leur permettre de gagner un peu d'argent, ce qui prive beaucoup d'entre eux de la seule possibilité qu'ils avaient dacquérir les effets de toilette les plus élémentaires, comme du dentifrice, une brosse à dents, de la crème à raser et des lames, un peigne, du shampoing ou de la poudre à lessive (les habits et draps qu'ils reçoivent chaque semaine sont souvent si sales qu'ils doivent être relavés, à leau froide, dans le minuscule évier de leur cellule).
Chaque fois que les prisonniers sont autorisés à quitter leur cellule de 2m sur 3m pour aller à la douche ou faire de l'exercice, seuls dans le séjour (voir ci-dessous) ou dans une cage à lextérieur, ils sont menottés, parfois même enchaînés aux pieds, et escortés par deux gardes. S'ils ont un visiteur, ils sont escortés de la même manière et conduits dans un box métallique de 1m x 1m x 2m avec une vitre en plexiglas pour une visite ne permettant aucun contact physique. Le seul contact physique dans le couloir de la mort du Texas est celui des mains des gardiens empoignant les bras des prisonniers lors dune escorte. Après la visite, le prisonnier est entièrement dévêtu pour une fouille intime avant d'être ramené dans sa cellule. Le système de chauffage et d'air conditionné qui règle la température dans toute l'unité est plus souvent qu'à son tour en panne et le thermostat est réglé si bas pendant les mois d'hiver que les détenus souffrent cruellement du froid (ils ne portent que des pantalons et des chemises en coton léger -- les plus heureux ont un sweatshirt -- et ils n'ont qu'une fine couverture pour les nuits parfois très froides). L'été, la température monte parfois si haut dans les cellules (45 degrés centigrades voire davantage certains jours), que les prisonniers suffoquent presque. De même avec l'eau des douches, parfois glaciale l'hiver ou brûlante l'été. La routine journalière dans le couloir de la mort est hautement perturbatrice et source de stress constant pour les détenus. Il n'est jamais possible de dormir plus de deux ou trois heures d'affilée. A tout moment, des surprises et des changements déplaisants dans l'horaire journalier sont imposés aux détenus, les privant d'une des seules choses qui pourraient les aider à maintenir un certain niveau d'équilibre et de santé mentale: un sentiment de sécurité et de contrôle relatif sur ce qui reste de leur vie et de leur identité. ![L'Unité Allan Polunsky][16] [16]: images/Polunsky.jpg (L'Unité Allan Polunsky) On peut dire sans exagérer que tout dans le pénitencier est fait pour rendre la vie des condamnés à mort aussi misérable que possible. Tous les moyens pour les déshumaniser et les humilier semblent mis en uvre. Il existe un service indépendant de personnes chargées dexaminer les plaintes déposées par les prisonniers (bureau de lombudsman), mais dès que les gardiens apprennent qu'une plainte a été déposée, ils se vengent par tous les moyens sur le prisonnier lui-même ou sur tout un groupe. Deux fois par an au moins, un lockdown est décrété. Un lockdown est une mesure disciplinaire, une période d'isolement 24h sur 24 imposée à toute une aile (soit 60 à 63 prisonniers) ou à lentière population du couloir de la mort, qui dure d'ordinaire de deux à quatre semaines, pendant lesquelles le règlement de la prison est (considérablement) durci. La seule nourriture alors servie aux détenus se résume en général à deux morceaux de pain blanc avec un peu de beurre de cacahuètes trois fois par jour. Le couloir de la mort mérite vraiment son nom. C'est un endroit où des hommes et quelques femmes attendent en rang, chacun à leur tour, leur mort institutionnalisée dans les circonstances les plus inhumaines qu'on puisse imaginer dans une société démocratique moderne. Une journée "type" de Roger Comme Roger l'explique dans son livre, il y a rarement ce qu'on pourrait appeler une journée "type", spécialement dans un environnement où les prisonniers sont intentionnellement privés d'un horaire régulier. Cependant, de nombreux jours peuvent se dérouler à peu près selon la routine que voici. Roger souffre fréquemment d'insomnies qui peuvent durer jusqu'à deux ou trois nuits. Mais normalement il se lève vers 6h, ce qui signifie qu'il aura manqué le petit déjeuner servi d'ordinaire à 3h du matin ! A 6h, le premier changement de gardiens a lieu. Avant cela, entre 5h et 6h, les gardiens de l'équipe précédente auront allumé toutes les lumières et procédé au premier appel de la journée. Chaque détenu doit à son tour crier son nom et son numéro pour qu'on s'assure que personne ne manque. Une demi-heure plus tard, la nouvelle équipe de gardiens répète l'ensemble de la procédure. Roger peut alors commencer sa journée, en général par de l'exercice physique, condition essentielle de survie pour quelqu'un vivant 23 heures par jour (et parfois 24h sur 24 lors d'un lockdown) dans une cellule de 2 m sur 3 m. Le déjeuner est en général servi vers 9 h. Après le déjeuner, Roger passe souvent un long moment tranquille, pour autant que ce soit possible, en prière et en méditation. Il écrivit une fois, en février 2004: «Je dois méditer et prier pratiquement à toute heure parce qu'il est presque impossible de se fixer un horaire ici.Chaque minute est une nouvelle réalité à laquelle il faut faire face et pour laquelle il faut prier. On apprend ainsi en quelque sorte à prier debout. Mais je prie toujours pour la même chose: qu'il y ait plus d'amour partagé entre les humains. Je demande à Dieu d'accorder à chacun sagesse et compréhension pour avoir une vision plus claire et voir au-delà de l'illusion». (Roger parle ici de l'illusion ou du voile qui nous empêche d'être conscients de la réalité ultime que beaucoup considèrent comme étant d'essence purement spirituelle ). _«Je prie tout le long du jour et le fais quasi inconsciemment. J'étudie la Bible régulièrement. J'essaie de ne pas lire trop de matériel religieux trop structuré et organisé parce que je sens dans mon cur ce que le Créateur attend de moi». La plupart du temps, si les détenus ne sont pas sous lockdown, Roger a une heure de récréation, soit dans la cour de la prison --c'est la seule fois où les détenus quittent, brièvement, le bâtiment de la prison, mais même alors ils sont confinés dans un espace clos à ciel ouvert dont les dimensions sont en gros celles de leur cellule -- ou dans ce qu'on appelle le séjour (dayroom), une pièce dans le corridor en face des cellules où il y a un peu plus de place pour bouger. A un moment ou un autre de la journée, il a normalement la possibilité de prendre une douche dans un espace minuscule situé près des cellules. La douche est fréquemment supprimée durant les lockdowns. Les détenus passent des heures à parler, ou plutôt à crier, à travers le petit guichet de la porte de leur cellule. Certains détenus préfèrent employer le temps entre les repas à faire un somme, s'ils le peuvent, lire un livre, tourner en rond dans leur cellule ou écrire à leur famille ou à leurs correspondants. Roger passe beaucoup de temps à répondre aux lettres des amis qu'il a à travers le monde, mais il aime aussi lire, ce qui est en fait la seule manière de "s'échapper" pour un instant du couloir de la mort. Il y règne un tapage effrayant et presque constant, jour et nuit, avec des hommes qui crient, de lourdes portes claquées dans un grand bruit de ferraille, des détenus qui hurlent parce qu'ils ont perdu la tête ou parce qu'ils ne voient simplement pas d'autre façon d'exprimer leurs frustrations, leur peur, leur anxiété, leur colère, leur tristesse ou leur souffrance. A d'autres moments pèse un silence mortel qui est presque aussi éprouvant pour les nerfs. Le dîner est servi entre 15h30 et 16h. La seconde équipe de gardiens prend son service à 18 h, avec, de nouveau, deux appels.Le courrier qui arrive est distribué entre 19 et 20h. Entre minuit et 2h du matin ( ! ), sous-vêtements, chaussettes, pantalons et T-shirts propres sont distribués deux ou trois fois par semaine ainsi que taies d'oreillers et draps ( une fois ). Et, à 3h du matin... le petit déjeuner est servi... Une nouvelle journée commence à lUnité Allan Polunsky!.
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