" La peine de mort a un effet pernicieux sur la société par l'exemple de
barbarie qu'elle donne. N'est-il pas absurde que les lois qui attaquent et
punissent l'homicide doivent, dans le but de prévenir le meurtre, commettre
publiquement le meurtre elles-mêmes?" Cesare Beccaria (penseur italien du
18ème siècle)
Bref historique de la peine de mort dans le monde occidental
"Il n'y a point de plus cruelle tyrannie que celle que lon exerce à lombre
des lois et avec les couleurs de la justice" Montesquieu (philosophe et
politicien français du 18ème siècle)
C'est dans le Code sumérien du roi Ur-Nammu (Mésopotamie, 2100 environ avant
J.C.) quon trouve la première codification connue de la peine de mort. Elle
stipulait que les crimes de meurtre, viol, vol et adultère doivent être punis
de mort. Trois siècles plus tard, le fameux Code du roi Hammurabi (Babylone)
prescrivait la peine de mort pour vingt-cinq crimes différents. Au septième
siècle avant J.C., les lois draconiennes d'Athènes instituèrent la peine de
mort comme unique sentence pour tous les crimes, depuis le vol d'une pomme
dans un verger jusqu'au meurtre avec préméditation et à la trahison. En ce
temps-là, ceux qui étaient reconnus coupables d'un crime capital étaient
crucifiés, noyés, brûlés ou empalés.
Durant les deux derniers millénaires, l'histoire de la peine de mort en Europe
occidentale a connu des hauts et des bas. C'est ainsi qu'il y eut de courtes
périodes d'abolition, par exemple durant le règne de Guillaume le Conquérant
au 11ème siècle en Angleterre, et à la fin du 18ème siècle dans le Grand Duché
de Toscane et en Autriche. Mais il y eut aussi des périodes d'exécutions
fréquentes, très particulièrement au 15ème siècle en Angleterre sous le règne
d'Henri Vlll, et au cours du 18ème siècle où 222 crimes, parmi lesquels le
fait de couper un arbre ou voler un lapin , étaient passibles de la peine de
mort.
La France connut également une période frénétique d'exécutions à la fin du
18ème siècle pendant et juste après la Révolution française : on estime à
40000 le nombre de ceux qui furent exécutés entre 1789 et 1799, notamment
durant la Terreur lorsque la Loi des Suspects fut adoptée qui permettait
d'arrêter et exécuter toute personne dont la conduite était jugée "suspecte".
Au cours d'une période de neuf mois en 1793-1794, 16000 personnes furent
guillotinées et au moins autant moururent en prison. Dans certaines villes, le
nombre des condamnations à mort était si élevé qu'on en vint même à des
exécutions en masse au canon parce que l'exécution à la guillotine, une à la
fois, prenait trop de temps.
Tout au long du Moyen-Age, les délits de meurtre, sacrilège, vol et (haute)
trahison étaient passibles de mort, mais durant certaines périodes, l'hérésie
et toutes sortes d'opinions jugées contraires à lesprit de lépoque étaient
de même considérées comme crimes capitaux.
Au 19ème siècle, la plupart des pays européens n'appliquaient la peine
capitale qu'au meurtre avec préméditation et (haute) trahison et, à la fin de
ce siècle, le Portugal et les Pays-Bas, en Europe, et le Vénézuela, le Costa
Rica, le Brésil et l'Equateur, en Amérique latine, furent les premiers pays à
l'abolir (excepté en cas de trahison et de collaboration en temps de guerre).
Après la deuxième guerre mondiale, et après ladoption par les Nations Unies
de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme en 1948, la pression en
faveur de l'abolition de la peine de mort augmenta en Europe de l'Ouest. Dans
la plupart des pays, les dernières exécutions, dans les années qui suivirent
la fin de la guerre, eurent pour cause la trahison, la collaboration avec
l'ennemi et les crimes de guerre. Peu après, plusieurs pays bannissaient la
peine capitale. Des pays comme le Royaume-Uni, l'Irlande, la Grèce, la
Belgique, l'Espagne, la France et le Luxembourg la maintinrent dans leur code
pénal pendant des années, voire des dizaines d'années encore, mais les
exécutions s'y firent très rares. La France fut le dernier pays en Europe
occidentale à l'abolir formellement en 1977.
La peine de mort aux Etats-Unis
« Une _ mauvaise action ne se punit pas par la vengeance. La justice ne sort
jamais grandie par la suppression dune vie, pas plus que la morale par un
meurtre légal»_ Coretta Scott King (veuve de Martin Luther King)
Lintroduction de la peine de mort dans le Nouveau Monde fut le fait des
premiers colons européens. Sir Thomas Dale, fondateur de la colonie de
Jamestown et premier gouverneur de Virginie, promulgua les Lois divines,
morales et martiales. Selon celles-ci, une foule de crimes parmi lesquels
voler du raisin, tuer un poulet ou commercer avec les Indiens était passible
de la pendaison publique.
Dans la seconde moitié du 18ème siècle, les pendaisons publiques dans les
affaires célèbres attiraient des foules allant jusqu'à 30000 personnes. Mais
sous l'influence de divers penseurs et philosophes européens, la fin de ce
même siècle vit un profond réveil religieux et philosophique. Les idées sur la
dignité de la vie humaine, le besoin de réformes sociales et la nécessité de
mettre un terme au cercle vicieux du meurtre et de la vengeance commencèrent à
s'implanter aux Etats-Unis. Les idées du penseur italien Cesare Beccaria, en
particulier, donnèrent une forte impulsion au mouvement abolitionniste, et
d'éminents hommes d'Etats comme Thomas Jefferson et Benjamin Franklin
embrassèrent ses vues.
On vit dans la société une tendance à bannir les punitions corporelles telles
que le fouet, et la notion de circonstances atténuantes telles que l'âge, la
folie et la légitime défense se répandit plus largement. L'Etat de
Pennsylvanie introduisit en 1790 la première réforme officielle de la loi en
retirant la sodomie et le vol avec ou sans effraction de la liste des crimes
capitaux. Quatre ans plus tard, il codifia officiellement la notion de degrés
de culpabilité, et seul le meurtre au premier degré (c'est-à-dire meurtre avec
préméditation) resta passible de mort. Ce fut le résultat d'un compromis avec
la communauté Quaker, qui était opposée à la peine capitale, et de la prise de
conscience croissante de l'époque.
Le Bill of Rights (les premiers dix Amendements à la Constitution des Etats-
Unis dAmérique) fut introduit par James Madison en 1789 et devint effectif en
1791. Le 8ème Amendement interdit toute punition cruelle ou inhabituelle («il
ne sera pas requis de caution excessive, on n'imposera pas d'amende excessive
et on n'infligera pas de peine cruelle ou inhabituelle» nor cruel and
unusual punishment inflicted"). Ces quatre mots joueraient un rôle crucial à
différents moments de l'histoire de la peine de mort aux Etats-Unis (voir ci-
dessous et aussi Récents développements).
Quelques dizaines d'années plus tard, en 1834, la Pennsylvanie fut le premier
Etat à bannir les exécutions publiques. Elle fut bientôt suivie par tous les
Etats de la Nouvelle-Angleterre et de la côte moyenne-Atlantique. Le Kentucky
fut le dernier Etat à les bannir, en 1936, après une dernière pendaison
publique. Le Michigan fut, en 1846, le premier Etat à abolir la peine de mort
pour tous les crimes, à l'exception de la trahison. Il fut rapidement suivi
par les Etats de Rhode Island, Wisconsin, Iowa, Maine et Colorado. Les trois
derniers, cependant, la rétablirent plus tard.
Les idées abolitionnistes gagnèrent du terrain jusqu'au déclenchement de la
Guerre Civile (1861-1865). Après la guerre, le débat public se focalisa
davantage sur la question des droits civiques, et la question de la peine de
mort fut reléguée à l'arrière-plan. Puis, après une brève période de
libéralisation au commencement du 20ème siècle, une conjonction de facteurs
sociaux, intellectuels, politiques et économiques conduisit à une frénésie de
condamnations à mort et d'exécutions entre 1920 et 1940, avec une moyenne de
167 exécutions par année dans les années 30.
Cette tendance s'inversa après la deuxième guerre mondiale et les Etats
dAlaska, Hawaï, Iowa, Maine, Massachusetts, Virginie occidentale, Vermont et
New York joignirent le Michigan, le Minnesota, le Dakota du Nord, le Rhode
Island et le Wisconsin dans l'abolition de la peine de mort. Un sondage Gallup
de 1966 montra que le soutien national à la peine de mort était tombé à 42 %.
En 1972, la Cour Suprême des Etats-Unis déclara la peine de mort
anticonstitutionnelle ("peine cruelle ou inhabituelle"), faisant ainsi
disparaître l'épée de Damoclès qui menaçait les 629 prisonniers dans le
couloir de la mort à cette époque. Mais, quatre ans plus tard seulement, cette
même Cour Suprême la rétablissait. Tous les Etats qui lavaient appliquée
avant 1972 la réintroduisirent, et la situation demeura inchangée jusqu'en
décembre 2007, quand le New Jersey l'abolit formellement.
En octobre 2008, 14 Etats ainsi que le Porto Rico et le District de Columbia
n'ont pas la peine de mort, contre 36 Etats, le Gouvernement Fédéral et
l'Armée des Etats-Unis qui l'ont encore. Cependant, il faut noter que le New
Hampshire, le Kansas et l'Armée n'y ont pas eu recours depuis avant 1972 et,
en janvier 2003, le gouverneur de l'Etat d'Illinois commua la sentence en
réclusion à vie aux 167 condamnés à mort de son Etat. La Cour suprême de
l'Etat de New York déclara en 2004 que la procédure d'exécution en vigueur
(une injection létale) violait la constitution de l'Etat et comme rien ne fut
entrepris alors pour trouver une alternative à cette procédure, l'Etat de New
York n'applique plus la peine capitale depuis cette année-là. La même
situation se présenta dans le Nebraska: la Cour suprême du Nebraska déclara en
2008 que l'exécution par la chaise électrique violait la constitution de
l'Etat et, en l'absence d'une procédure alternative, le Nebraska n'a plus la
peine de mort.
Sous l'administration Clinton, deux Actes du Congrès ont été passés et
ratifiés par le président:
Le Violent Crime Control and Law Enforcement Act de 1994 rend 60 nouveaux
crimes fédéraux passibles de la peine de mort (y compris trois d'entre eux qui
ne concernent pas le meurtre ou la perte de vie humaine). Puis le Anti-
Terrorism and Effective Death Penalty Act (AEDPA) de 1996 qui restreint la
possibilité de nouvelles audiences pour déclaration d'innocence de fait en
faveur des condamnés à mort et impose des délais plus courts pour toutes les
demandes d'habeas corpus. Comme conséquence possible de l'AEDPA, le nombre des
exécutions a recommencé à augmenter jusqu'en 2000. Depuis lors, la tendance
s'est inversée, mais le nombre d'exécutions reste toujours plus élevé qu'avant
1994. En août 2008, environ 3265 hommes et femmes étaient dans le couloir de
la mort aux Etats-Unis, dont 360 au Texas.
La situation dans le monde aujourd'hui
«Le dernier mot de la Justice ne peut pas être la peine capitale, car cela
voudrait dire que nous _ _avons perdu toute foi dans la dignité humaine»
Pascal Clément (2007, Ministre français de la Justice, autrefois partisan de
la peine de mort)
Il ne se passe pas d'année sans qu'au moins un pays n'abolisse la peine de
mort. Depuis la chute du rideau de fer en 1989, les pays de l'Europe de l'Est
y ont renoncé l'un après l'autre. Le Conseil de l'Europe exige que les
nouveaux membres signent le 6ème Protocole de la Convention des Droits de
l'Homme le plus vite possible. Le Protocole No.6 interdit la peine de mort,
sauf en temps de guerre. Bien que les 47 Etats-membres naient pas encore tous
ratifié le protocole, aucune condamnation à mort n'a été prononcée et aucune
exécution n'a eu lieu depuis qu'ils sont entrés dans le Conseil de l'Europe.
Par exemple, la peine de mort existe toujours dans le code pénal russe, mais
aucune exécution n'a eu lieu depuis 1996 et le gouvernement a gracié tous ses
condamnés à mort (716) en juin 1999. L'Ukraine, qui était l'un des leaders
mondiaux pour le nombre d'exécutions, a signé le Protocole No.6 en 1999.
Le Conseil de l'Europe a ajouté le Protocole No.13 à la Convention Européenne
des Droits de l'Homme en 2002. Ce Protocole bannit la peine de mort en toutes
circonstances, même en temps de guerre. En dépit du fait que sa ratification
est facultative, 46 des 47 Etats du Conseil l'ont soit signé et ratifié (40),
soit seulement signé (5) (octobre 2008).
Dans le reste du monde, les pays ayant procédé au plus grand nombre
d'exécutions confirmées en 2007 sont la Chine (470), l'Iran (317), l'Arabie
Saoudite (143) et le Pakistan (135). Les chiffres réels sont probablement
(beaucoup) plus élevés, spécialement en Chine et en Iran où l'Etat contrôle de
près tous les médias et où il est pratiquement impossible pour des
observateurs étrangers d'avoir accès à une information fiable. De tous les
pays pleinement développés, seuls Singapour, le Japon et les Etats-Unis ont
encore recours à la peine capitale.
En 1984, 64 pays avaient aboli la peine de mort, en 1996, 100 pays l'avaient
fait. En février 2008, bien plus de la moitié des pays de la planète ont
éliminé la peine de mort de leur code pénal.
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