Je suis de nationalité française, mais cest en tant que citoyenne du monde que je madresse à vous aujourdhui, afin de vous faire-part de mon profond respect et de ma reconnaissance devant votre courage et votre détermination à faire évoluer une humanité enlisée dans des modes de fonctionnement sans issue.
Cest aussi en tant que telle que je voudrais vous parler dun sujet qui me tient à cur : La peine de mort. En effet, si le nombre de pays de part le monde qui lapplique toujours est en baisse constante, vous le savez, votre pays est la dernière démocratie occidentale à la pratiquer de nos jours, et ce de façon importante puisque plus de 60 condamnés ont encore été exécutés dans les 12 derniers mois. Aujourdhui, grâce à Internet et à CNN International, le monde entier observe et se demande comment lAmérique, cette immense démocratie qui senorgueillit des principes fondamentaux de justice, de liberté, dégalité et de légalité, cette nation qui examine minutieusement les dossiers des droits de lhomme des autres pays, peut ainsi être en contradiction avec ses propres convictions.
Depuis 1976, plusieurs Projets de Loi, dont celui du sénateur Feingold qui ma fortement inspiré, ont proposé labolition, sans que jamais ils naboutissent, bien que le New Jersey et le Nouveau Mexique y soient parvenus au niveau des états. Pourtant, vous nêtes pas sans savoir que la valeur dissuasive de la peine de mort nest quun mythe, car son inefficacité sur la criminalité nest plus à démontrer à la lecture des résultats de nombreuses études. De plus, le surcoût dune telle pratique a été maintes fois prouvé et les fonds nécessaires seraient particulièrement utiles pour la prévention de la délinquance et du crime.
Dautre part, en tant quavocat vous savez combien la justice est inévitablement faillible. Aucun état ne peut prétendre appliquer la peine de mort de façon équitable et juste. Harry Blackmun, juge à la cour suprême entre 1970 et 1994, a dailleurs affirmé son opposition à la peine capitale en 1994 avec ces mots: «Je me sens moralement et intellectuellement dans lobligation dadmettre en toute simplicité que lexpérience de la peine de mort a échoué Le problème est que linévitabilité dune erreur factuelle, légale ou morale nous donne un système dont nous savons quil doit tuer à tort certains inculpés, un système qui est incapable de prononcer les sentences capitales équitables, consistantes et fiables requises par la Constitution».
Or il est ici question dun châtiment irréversible! Et nous ne pouvons ignorer quun nombre non négligeable dinnocents sont condamné à mort. La peine de mort est un châtiment unique qui ne peut être révisé. Et que dire de lépouvantable injustice que des innocents puissent être condamnés à mort pour des crimes quils nont pas commis, passent des années, voire des dizaines dannées, dans ces mouroirs sordides et inhumains que sont les couloirs de la mort, et à qui on ôte la vie au nom de la justice!
Enfin, en tant quavocat afro-américain vous êtes parfaitement informé des préjugés raciaux qui infectent votre système pénal et président parfois à lapplication de la peine capitale. Votre pays a parcouru un long chemin pour démanteler le racisme social entretenu par les états, et votre accession à la présidence en est un signe évident. Mais il reste encore de nombreux vestiges dun racisme institutionnel qui touche de façon flagrante les minorités.
La question que jose alors vous poser aujourdhui Monsieur le Président est:
«Pour quelles raisons la maintenir?»
Oserez-vous lavouer: la peine de mort a une fonction éminemment politique.
Tout dabord parce quelle représente le pouvoir souverain dun état en tant que possibilité de vie ou de mort sur ses citoyens. Elle affirme donc une idée de toute puissance. La garder dans larsenal juridique permet de dire : nous sommes prêt à tout pour lutter contre le crime. Mais de quelle politique il sagit là ? Répondre à la violence par la violence, à la mort par la mort, nest pas un signe de maturité dune société. Déjà il y a un siècle et demi, Victor Hugo, un des plus grands écrivains de la littérature française et intellectuelle engagée, affirmait : « Choisir la peine de mort cest choisir le passé et la peur, plutôt que lavenir et lespoir. Labolir, cest faire le grand pas de la civilisation, cest se placer au dessus des règles de vengeances primitives.»
Car en refusant la peine capitale on proclame que la vie est sacrée pour tous les êtres. Je le sais, pour les avoir visités plusieurs fois, les couloirs de la mort ne sont pas remplis de monstres sanguinaires. Avant dêtre un assassin le condamné est dabord un être humain comme vous et moi, et avant dêtre des hommes ils ont été des enfants innocents que la vie a bien souvent détruits, des enfants qui parfois nont pu se construire que dans la violence parce quils navaient pas dautres issues. Et que dire du calvaire inhumain des mères de ces enfants, des familles, que lon cherche souvent à ignorer.
Ensuite parce quelle est un argument populaire et électoral : On prétend que la majorité des citoyens américains est en faveur de la peine de mort. On le répète si souvent que tout le monde le croit. Mais comment donc la question est-elle posée pour obtenir une telle réponse ? Ne pensez-vous pas honnêtement que si lon propose de façon éclairée des sentences alternatives, la plupart des américains choisiront la perpétuité assortie dune indemnisation pour la famille de la victime plutôt que la peine de mort ? Cest en tous cas ce qui ressort de plusieurs sondages.
Il est vrai que, pour beaucoup, largument de la peine de mort est un phénomène didentification à la famille de la victime. Il naît alors une pulsion de mort, une réaction instinctive de lêtre humain. « Car le châtiment capital assouvit cet instinct de mort que polarise sur lui le meurtrier, parce quil nous fait horreur et peur à la fois, sans doute parce quil est un autre visage de nous même » disait si justement Maître Robert Badinter, fervent abolitionniste français qui devint ministre de la justice en 1981. Mais pour autant nous ne pouvons dignement soutenir une loi qui crée plus de victimes et continue un cycle de violences et de vengeances.
Monsieur le Président, je vous le demande avec toute lardeur de mon cur, mettez de côté cette culture de la violence et restaurez de lintégrité dans votre système juridico-pénal.
Où en serait votre pays si les membres du congrès avaient suivi, au lieu de la guider, lopinion publique ? Vous connaîtriez peut-être encore lesclavage et la ségrégation, et les femmes ne voteraient peut-être toujours pas ! Le rôle de la société nest pas de punir pour se venger, mais elle se doit de corriger tout ce qui est possible pour améliorer. Ne doit elle pas se préoccuper en tout premier lieu de prévenir les causes, de rétablir léquilibre dans les situations où germent violence et chaos. Ne doit-elle pas éduquer, éclairer, épanouir, ouvrir les consciences de tous afin de faire évoluer lhumanité et faire régner la paix et lharmonie entre tous?
Pourtant chaque fois quun état exécute un individu, il apprend à ses enfants que les comptes se règlent par la violence, jusque et y compris en sacrifiant la vie humaine.
En ce début de nouveau millénaire nos modèles de société sont loin dêtre entièrement justes. Il nous reste encore bien du chemin à parcourir. Mais lentêtement de votre grande nation à pratiquer le meurtre légalisé avilit lhumanité daujourdhui. Le 2 juillet 2009 a marqué le 33ème anniversaire de la Décision Gregg de la Cour Suprême qui a réinstauré la peine capitale, et à la date daujourdhui les Etats-Unis ont depuis exécuté plus de 1160 personnes. Il est temps décrire un nouveau chapitre dans le grand livre des mémoires de lhumanité et de donner à chacun loccasion douvrir son cur et de laisser parler sa conscience. Car, il est certain, viendra un temps où lon dira: «Dans ce grand pays, fut une époque où lon punissait le crime par le crime»
Jinvite votre conscience Monsieur le Président à rejoindre celle de grands leaders spirituels, celle de grandes associations humanitaires internationales, et avec toute la patience, la persévérance, lintelligence et le courage dont vous êtes capable, donnez à votre mandat la force et la capacité de laisser derrière vous cette pratique archaïque. Vous lavez proclamé dans votre discours au congrès le 24 Février dernier : «Vivre selon nos valeurs ne nous affaiblit pas. Cela nous rend plus sûrs, cela nous rend plus forts».
Cette invitation nest pas de lordre de lutopie. Vous représentez un espoir immense pour des millions de citoyens américains, et sans doute pour des milliards de citoyens du monde. Soyez, Monsieur Obama, le président avec qui la peine capitale disparaîtra aux Etats-Unis dAmérique. Vous le pouvez!
Que Dieu vous bénisse et vous garde!
Veuillez agréer, Monsieur le président Obama, mes très respectueuses salutations,
Clotilde Nougaret
Désistement
Aucune information
publiée sur ce site web
ne compromet les droits
de Monsieur Roger
McGowen, tels qu’ils
sont définis par le
5ème et 6ème
Amendements à la
Constitution des
Etats-Unis d’Amérique.
Monsieur McGowen n’a
pas accès à ce site et
il ne peut exercer
aucun contrôle sur son
contenu. Ce site web et
toutes les informations
qu’il contient sont
l’œuvre des amis de
Roger McGowen, seuls
responsables de tous
les contenus, opinions
et informations qui y
sont présentés. Toutes
les informations
publiées sur ce site
relèvent du domaine
public.
USA and International
Copyright and trademark laws protect all
the information and content
atwww.rogermcgowen.org However, the owners
give you permission to reproduce and
share any of the content provided you
attribute the information
to
www.rogermcgowen.org For more information please
contact us atron@ronaldradford.com