"Qu'est-ce qu'un meurtre au premier degré? C'est le meurtre cruel, calculé, de sang-froid d'un frère humain. C'est le plus pervers des crimes et l'Etat s'en rend coupable chaque fois qu'il exécute un être humain" William Randolph Hearst (éditeur et philanthrope américain)
C'est en 1888 que le médecin new-yorkais Julius Mount Bleyer, dans un article paru dans le Medico-Legal Journal, émit l'idée de remplacer la mort par pendaison ou par peloton dexécution par une mise à mort provoquée chimiquement. Il proposa d'injecter au condamné 6 grains (environ 390 mg) de morphine. Il voyait en cela une manière plus humaine et moins coûteuse de mettre quelqu'un à mort, privant de ce fait le condamné du statut de héros potentiel conféré par la pendaison. Son idée n'eut pas de suite. Presqu'un demi-siècle plus tard, l'Allemagne nazie développa le "Programme d'euthanasie T-4", une des sept méthodes pour éliminer ceux considérés comme "indignes de vivre".
En 1977, l'inspecteur médical de l'Etat d'Oklahoma (Oklahoma State medical examiner), Jay Chapman,e l développa ce qui est depuis connu sous le nom de "Protocole de Chapman", une méthode d'injection en trois étapes qui fut approuvée par le docteur Stanley Deutsch, alors chef du département d'anesthésiologie de l'école de médecine de l'Université de l'Oklahoma. Bien qu'utilisant d'autres produits que ceux du programme nazi, la méthode est fondamentalement la même, c'est-à-dire l'injection intraveineuse de produits chimiques provoquant la mort en quelques minutes.
Selon le protocole de Chapman, une fois que le prisonnier a été placé sur une civière et correctement attaché, deux aiguilles intraveineuses sont placées dans ses bras et reliées par une ouverture dans le mur à "l'antichambre" où le bourreau a pris place. Une solution saline est envoyée par les intraveineuses. Suit une procédure en trois étapes:
Un anesthésique, en général du thiopental sodique (connu sous le nom de "Pentothal"), provoque un profond sommeil et une anesthésie générale. Avec la dose convenable, la concentration critique du produit chimique dans le cerveau est atteinte dans les 30 secondes. Puis la solution saline est envoyée à nouveau par les intraveineuses.
Un agent paralysant, tel que le pancuronium bromide (''Pavulon''), le chlorure tubucarine ou la succinylcholine, est injecté. Ce sont des relaxants musculaires qui provoquent la paralysie du diaphragme et des poumons. Ils agissent entre 1 et 3 minutes après l'injection. Puis, une fois encore, la solution saline est injectée par les intraveineuses.
Un agent toxique (ce n'est pas le cas dans tous les Etats), comme le chlorure de potassium, est injecté à une dose mortelle pour provoquer l'arrêt du cur. Une minute ou deux plus tard, le condamné est déclaré mort.
L'Oklahoma fut le premier Etat, en 1977, à voter une loi qui remplaçait la chaise électrique par l'injection létale pour exécuter les condamnés à mort. Le Texas suivit la même année et procéda à la première exécution par injection létale en 1982. Sur les 1119 exécutions qui eurent lieu depuis 1976, 948 personnes ont été exécutées par injection létale et 171 par d'autres méthodes, le plus souvent par électrocution (15 août 2008).
Développements Récents
"C'est une faible nation, celle qui trouve approprié d'exécuter ses propres citoyens pour maintenir la moralité" - Lars Von Trier (réalisateur danois)
L'aspect humain et indolore de l'exécution par injection létale est de plus en plus remis en question par d'éminents médecins, particulièrement depuis 2003, comme cela a été largement rapporté dans les médias des Etats-Unis. Des spécialistes (anesthésistes, neurologues et biochimistes) soutiennent que la mort par cette méthode est souvent atrocement douloureuse et provoque une interminable agonie à cause de divers facteurs tels que le mauvais dosage des produits chimiques, un protocole incorrect et une surveillance défaillante pendant le déroulement.
En théorie, la méthode semble à toute épreuve et devrait pouvoir garantir une mort rapide et sans souffrances, mais elle a en réalité souvent conduit à de graves problèmes, résultant en une forme cruelle de torture qui peut durer bien au-delà de trente minutes dans certains cas avant que le prisonnier ne puisse être déclaré mort. Des spécialistes du milieu médical ont mis l'accent sur le fait que plusieurs défauts majeurs de la méthode par injection létale en font une "peine cruelle et inhabituelle".
Par exemple, le premier produit chimique, le thiopental, est ce que l'on appelle un barbiturique à action ultra rapide dont la concentration dans le cerveau disparaît dans les 30 à 60 secondes après linjection, à la suite d'une redistribution dans le corps tout entier. Ainsi, dès que la concentration du produit commence à diminuer, la conscience revient et le prisonnier souffre de manière atroce dès lenvoi du second produit, le relaxant musculaire, par les intraveineuses. Tous les muscles du corps sont paralysés, empêchant le prisonnier de communiquer qu'il est conscient et qu'il souffre. Il meurt ainsi lentement par étouffement. Même si le premier produit est toujours présent en quantité suffisante dans le cerveau quand le relaxant musculaire est injecté, le danger existe que ce dernier dilue en fait le thiopental, créant une situation semblable : la personne redevient consciente et l'effet anesthésique disparaît.
Selon plusieurs spécialistes, les dosages effectivement employés pendant les exécutions sont souvent inacceptables tant ils sont bas, plus bas même qu'il ne serait admissible durant une opération chirurgicale.
Un autre facteur qui peut faire de lexécution par injection létale une façon horriblement douloureuse de mourir est l'inexpérience des personnes chargées d'administrer les produits chimiques. Non seulement elles ne sont le plus souvent pas entraînées médicalement à le faire, mais elles ne réalisent pas que chaque personne doit recevoir une dose spécifique des produits selon divers paramètres tels que le poids, létat de santé général, l'état du cur et des poumons, etc., et qu'une telle procédure devrait faire l'objet d'un monitoring minutieux. L'exécuteur se trouve dans une autre pièce, ne peut contrôler la situation de la personne mise à mort et est incapable d'évaluer si la personne a repris conscience et souffre profondément.
Les problèmes éthiques entourant les exécutions par injection chimique ont été soulevés de façon répétée ces dernières années. Bien que l'Association Américaine de Médecine (AMA) statue que la position du médecin vis-à-vis de la peine de mort est une affaire personnelle, il/elle ne devrait pas participer à une exécution, sauf pour signer un certificat de décès, mais seulement après que quelqu'un d'autre ait déclaré la personne morte.
La plupart des Etats ne demandent pas qu'un médecin administre les produits, mais certains le font, ce qui constitue une violation flagrante du serment d'Hippocrate :"D'abord, ne pas nuire". D'un autre côté, si aucun spécialiste, tel qu'un anesthésiste, n'est présent pour contrôler le dosage adéquat des produits chimiques administrés et pour veiller à l'ensemble de la procédure afin de s'assurer que le condamné n'est pas en train de reprendre conscience ou d'être en pleine détresse, il n'est pas possible de prévenir une "peine cruelle et inhabituelle".
Alors que de plus en plus d'arguments et de faits sont mis en avant qui soutiennent l'affirmation selon laquelle la mort par injection létale est beaucoup moins simple et sans douleur qu'on ne le croyait à l'origine, plusieurs exécutions, dans divers Etats, ont été ajournées. La Cour Suprême des Etats-Unis a accepté le 25 septembre 2007 d'entendre la mise en question (the challenge) émanant de deux condamnés à mort du Kentucky , Baze et Bowling, dans l'affaire Baze contre Rees. Baze et Bowling ont argumenté que la mort par injection létale constitue "une peine cruelle et inhabituelle" et, par conséquent, viole le 8ème Amendement à la Constitution des Etats-Unis (voir ci-dessus La peine de mort aux Etats-Unis). Rees, le commissaire du Département des Peines du Kentucky, refusa leur pétition auprès de la Cour d'Etat et Baze et Bowling firent appel auprès de la Cour Suprême.
Quelques heures après lannonce de l'audience à venir, le Texas exécuta le dernier condamné avant qu'un moratoire dit de facto* sur toutes les exécutions ne devienne effectif dans tous les Etats ayant la peine de mort, en attendant la décision de la Cour Suprême en la matière (*de facto, de fait, conformément à la loi ou non, par opposition à de jure, conformément à la loi ou par décret). Après l'audience de janvier 2008, la Cour Suprême se prononça le 16 avril 2008 en faveur de Rees par sept voix contre deux, soutenant par là l'emploi de l'injection létale par le Kentucky. Plusieurs Etats ont alors repris les exécutions quelques semaines plus tard. De mai à septembre 2008, 24 condamnés ont été exécutés par injection létale, dont neuf au Texas où 12 autres exécutions étaient prévues avant la fin de l'année.
Le Nebraska (chaise électrique)est le seul Etat qui nutilise jamais la méthode de l'injection létale (voir ci-dessus La peine de mort aux Etats- Unis). Vingt Etats y ont recours en conjonction avec des méthodes alternatives (gaz, électrocution, peloton d'exécution ou pendaison), selon le choix du prisonnier, la date du jugement ou de l'exécution, ou l'inconstitutionnalité dune méthode au moment de l'exécution. Les autres Etats n'ont recours qu'à l'injection létale.
Ces dernières années, d'autres pays ont adoptés l'injection létale comme méthode préférée d'exécution, les plus notoires étant la Chine (1977), le Guatemala, les Philippines (1999), la Thaïlande (2003) et Taiwan (2005).
Le cas d'Ernest Ray Willis
Ernest Ray Willis fut la huitième personne acquittée et libérée du couloir de la mort texan le 6 octobre 2004, et la 120ème personne dans l'ensemble du pays depuis 1973. Il avait été condamné à mort 17 ans plus tôt pour avoir soi- disant mis le feu à une maison, provoquant ainsi la mort de deux personnes. Le juge de district Royal Ferguson affirma plus tard que l'Etat avait administré des drogues antipsychotiques inappropriées à Willis sans son consentement, avait fait disparaître une preuve qui était favorable à Willis et que Willis avait reçu une représentation légale ineffective à la fois lors du procès et lors du jugement. Il demanda donc à l'Etat soit de libérer tout simplement Willis, soit de le juger à nouveau.
Le procureur engagea un nouvel enquêteur expert en incendies criminels pour examiner les preuves ; la conclusion de lexpert fut qu' "il n'y avait pas le moindre élément de preuve matérielle dans cette affaire qui soutînt la thèse de l'incendie criminel" (San Antonio Express-News , 5 octobre 2004).
Le bureau du Procureur Général de l'Etat décida alors de ne pas demander un nouveau procès et les plaignants abandonnèrent toutes les charges contre Ernest Ray Willis. Dans sa conclusion, le procureur Ori White déclara que Willis "n'avait tout simplement pas commis le crime... Je suis désolé que cet homme ait été dans le couloir de la mort et que tant d'années aient été perdues" (Los Angeles Times, 7 octobre 2004).
Depuis la disculpation de Ernest Ray Willis, neuf autres hommes ont été libérés du couloir de la mort. Les derniers en date (août 2008), sont Glen Edward Chapman (2 avril 2008) et Levon "Bo" James (2 mai 2008), tous deux de la Caroline du Nord, après respectivement 14 et 15 ans derrière les barreaux.
Depuis 1973, 129 hommes et femmes ont été libérés du couloir de la mort, soit parce que leur condamnation fut renversée et qu'ils furent acquittés lors d'un nouveau procès, soit parce que toutes les charges contre eux furent abandonnées ou qu'ils bénéficièrent d'une grâce émanant du gouverneur sur la base d'une nouvelle preuve de leur innocence. Ils avaient passé en moyenne neuf ans et demi dans le couloir de la mort.
Mais d'autres hommes et femmes innocents n'ont pas eu cette chance et ont été exécutés. D'autres sont encore dans le couloir de la mort aujourdhui et y sont depuis des années, et certains, comme Roger, depuis plus de 20 ans
"Je demanderai l'abolition de la peine capitale jusqu'à ce que l'infaillibilité du jugement humain me soit démontrée" - Thomas Jefferson
"En tant que victime, en tant que collègue, je me tiens devant vous pour vous demander de voter pour l'abolition de la peine capitale, pas tellement parce que je veux que les meurtriers vivent, mais parce que si l'Etat les tue, cela enlève à jamais à ceux qui sont victimes la chance de pouvoir peut-être un jour trouver comment pardonner. Nous avons déjà suffisamment perdu. Ne nous enlevez pas cet espoir de guérison, je vous en prie» - Robert Renny Cushing, dont le père fut assassiné en 1988, parlant en tant que membre de la Chambre des Représentants du New Hampshire, 1988.
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